Le lundi 1er février 2010, par
Texte écrit par André POCHON suite à la visite de la méthanisation chez Alain GUILLAUME à Plélo le samedi 5 décembre 2009

Le digesteur reçoit des déchets de l’agro-alimentaire en complément du lisier d’un élevage moyen de 160 truies (système naisseur-engraisseur). Deux groupes électrogènes co-générateurs produisant 205 kilowatts/heure (payés chacun 14 centimes d’euros par EDF) sont actionnés par le méthane stocké dans une structure conique qui surmonte le digesteur (gazomètre). La chaleur des pots d’échappement est récupérée pour maintenir à 40° le digestat dans la cuve. Elle sert aussi à chauffer l’élevage et la maison d’habitation. Il est prévu également de chauffer les maisons avoisinantes. Suggestion : une pompe à chaleur ne pourrait-elle pas permettre aussi de récupérer la chaleur de la pièce où se trouvent les deux co-générateurs et qui est évacuée actuellement par des ventilateurs, donc perdue.
La réserve de gaz dans la cloche conique permettrait de moduler la production d’électricité en fonction des heures de pointe nous a dit Alain GUILLAUME. L’une des premières mesures à prendre serait donc de payer plus cher le courant produit pendant ces heures là. Vivarmor a alerté le préfet à ce sujet.
Celui-ci constitue un excellent engrais puisqu’il conserve toute sa valeur en potasse phosphore et azote. Cette dernière cependant est entièrement sous forme ammoniacale donc plus vite assimilée par les plantes mais aussi très vite lessivable (contrairement à l’azote du compost qui est sous forme organique et est mieux stockée dans le sol). Par ailleurs le pH est de 8,5 ce qui est intéressant pour les sols de la région qui sont plutôt acides. Il constitue donc un engrais-amendement s’il est épandu au moment où la plante pousse et à des doses correctes. Alain GUILLAUME l’épand sur la centaine d’hectares de son exploitation ce qui n’induit pas d’excès à condition que le calendrier d’épandage s’ajuste bien avec les besoins des plantes (il faut seulement bien ajuster les dates d’épandage !).
Le produit final est inodore et hygiénisé. Il est donc possible d’élargir le plan d’épandage et ce digestat pourrait être épandu sans risques sanitaires sur les pâtures. Puisqu’il n’y a aucune perte d’azote, la méthanisation n’est pas un moyen de diminuer les quantités d’azote en excédent. En revanche, comme il conserve toute sa valeur fertilisante en potasse phosphore et azote, le digestat pourrait être commercialisé à condition d’être asséché. Il constituerait ainsi un engrais complet pour les plaines céréalières, les régions viticoles, légumières, fruitières… Nul doute que ces régions se l’arracheraient : n’oublions pas que les mines de phosphore sont limitées sur la planète encore plus que le pétrole… Les prix des engrais phosphatés étant en augmentation constante, cela pourrait être un débouché rentable en plus de l’électricité et de la chaleur.
Le digesteur actuel est surdimensionné. Alain GUILLAUME souhaite traiter les lisiers des élevages voisins conjointement avec des tontes de pelouses, des récoltes de produits issus des CIPAN (cultures intermédiaires pièges à nitrates)… en plus des déchets agro-alimentaires. Les algues vertes par contre ne pourront être utilisées que désablées et désalées...
L’objectif est de produire plus d’électricité mais en donnant la priorité à la production de chaleur pour déshydrater le digestat. (c’est le projet aussi de Plessala).
Il y a 20 ans ne s’est-on pas fourvoyé dans le traitement du lisier qui n’est rien d’autre que du gaspillage ? Il est vrai que le pétrole bon marché bloquait toute évolution dans le sens de la méthanisation. Le projet à terme de Plélo est donc à suivre de près. Il suscite beaucoup d’attention de la part de la Chambre d’Agriculture qui fait maintenant figurer la méthanisation avec déshydratation du digestat dans son plan de lutte contre les algues vertes.
L’inconvénient cependant d’un tel projet est qu’il redonne une légitimité à l’élevage sur lisier avec ses odeurs. Il laisse entier aussi (contrairement aux porcheries sur paille) le problème du bien être animal (et les problèmes sanitaires qui lui sont liés) sans compter l’impact en terme d’image de marque pour les produits bretons. Il laisse entier également le problème de l’appauvrissement en matières organiques de nos sols.
Vivarmor, comme le Conseil Général des Côtes d’Armor, estime qu’il faut encourager les élevages sur litière qui sont l’avenir de la production bretonne. Cependant, vu que les gros élevages sur lisier existent, n’est-il pas plus intelligent d’en faire de l’énergie et de l’engrais que de s’entêter dans les traitements actuels des lisiers ? Mais aucun nouvel élevage sur lisier ne devrait plus être autorisé.
On peut aussi faire du méthane avec les fumiers et composts d’un élevage sur paille : la fosse est remplacée par une plate-forme bétonnée et à la différence du processus avec lisier qui fonctionne en continu par pompage, le fumier doit être amené puis évacué au terme du processus de méthanisation, ce qui nécessite plus de main d’oeuvre mais l’investissement est moindre et le fumier suffit à lui seul à produire du méthane.
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